

Débuter n’est que la première étape
Chaque année, de nouveaux girl groups font leurs débuts en Corée du Sud. Certains deviennent rapidement incontournables. D’autres connaissent quelques comebacks avant de disparaître progressivement des radars. Quelques-uns cessent simplement toute activité sans jamais annoncer officiellement leur dissolution.
Mais quelles sont réellement les chances de survie d’un nouveau girl group ?
Pour tenter de répondre à cette question, nous avons observé les groupes féminins ayant débuté entre 2018 et 2022. L’objectif n’est pas de déterminer quels groupes ont « réussi », une notion beaucoup trop subjective, mais d’étudier quelque chose de plus simple : **leur capacité à continuer d’exister après leurs débuts.**
Et la réalité est moins évidente qu’on pourrait le penser.
Le premier comeback n’est pas forcément le principal obstacle
On pourrait intuitivement imaginer qu’un grand nombre de groupes disparaissent immédiatement après leur premier single ou mini-album.
Cela arrive. Mais parmi les groupes suffisamment documentés pour pouvoir suivre précisément leur carrière, beaucoup réussissent à obtenir au moins un comeback.
LUNARSOLAR, par exemple, débute en septembre 2020 avec *SOLAR : flare*. Le groupe revient ensuite en 2021 avant que J Planet Entertainment annonce finalement sa dissolution en mai 2022, moins de deux ans après ses débuts.
HOT ISSUE connaît une trajectoire encore plus courte. Lancé par S2 Entertainment en avril 2021 avec l’EP *Issue Maker*, le groupe revient en septembre de la même année avec *Icons*. Pourtant, sa dissolution est annoncée le 22 avril 2022, six jours seulement avant son premier anniversaire.
NeonPunch offre un autre exemple. Après ses débuts en 2018, le groupe poursuit ses activités avant d’être officiellement dissous en août 2020. Son agence, A100 Entertainment, explique alors que la détérioration de sa situation économique avait notamment empêché le comeback prévu en 2019.
Obtenir un deuxième disque ne signifie donc pas nécessairement qu’un groupe a franchi le cap le plus difficile.
Une agence peut financer plusieurs promotions avant de conclure que les perspectives de croissance ne justifient plus de nouveaux investissements.
Le véritable danger apparaît après les débuts
C’est l’un des enseignements les plus intéressants de cette observation.
La carrière d’un girl group n’est pas nécessairement une opposition entre succès immédiat et échec immédiat.
Elle ressemble souvent davantage à ceci :
**Débuts → premier comeback → nouvelles promotions → période d’incertitude → croissance ou disparition.**
HINAPIA représente l’un des exemples les plus extrêmes de cette fragilité. Le groupe débute en novembre 2019 avec *Drip*. En août 2020, OSR Entertainment annonce déjà sa dissolution ainsi que la résiliation des contrats des cinq membres.
La carrière du groupe aura duré moins d’un an.
Cela souligne une distinction essentielle lorsqu’on étudie l’industrie :
**survivre n’est pas la même chose que réussir.**
Un groupe peut conserver une activité pendant plusieurs années avec une audience relativement limitée. Un autre peut disparaître rapidement malgré plusieurs sorties et un début de reconnaissance.
Un problème statistique majeur : les groupes oubliés
Calculer un « taux de survie » précis pose cependant un problème inattendu.
Prenons l’année 2020.
Une base comme Karchives recense huit principaux nouveaux girl groups : cignature, WOOAH, SECRET NUMBER, Weeekly, LUNARSOLAR, STAYC, aespa et Bling Bling.
Si l’on travaille uniquement avec cette sélection, la situation paraît relativement favorable.
Mais une autre base consacrée aux débuts K-pop ajoute par exemple REDSQUARE et Episode à la même année. Des listes encore plus exhaustives font apparaître d’autres formations beaucoup plus obscures.
Le même phénomène existe les années précédentes.
Pour 2019, une sélection relativement restrictive contient notamment Cherry Bullet, ITZY, EVERGLOW, BVNDIT, 3YE, FANATICS, Rocket Punch, ARIAZ et HINAPIA.
Mais des recensements plus larges ajoutent des groupes comme PURPLEBECK, Lusty, CoCo, Pink Lady, Midnight ou HOT PLACE.
En 2018, certaines publications de l’époque allaient jusqu’à présenter une trentaine de nouveaux girl groups.
Nous rencontrons donc un **biais du survivant**.
Les groupes qui ont réussi à conserver une certaine notoriété sont également ceux dont l’histoire est aujourd’hui la plus facile à documenter. Ils possèdent des discographies correctement archivées, des profils détaillés et de nombreuses références encore accessibles.
À l’inverse, un groupe issu d’une micro-agence, ayant publié un ou deux singles avant de disparaître, peut progressivement s’effacer des bases de données elles-mêmes.
Plus un groupe a échoué rapidement, plus il devient difficile à retrouver plusieurs années après.
Paradoxalement, **les groupes dont nous aurions le plus besoin pour calculer le taux d’échec sont aussi les plus susceptibles d’avoir disparu des statistiques.**
Les grandes agences peuvent acheter du temps
Une autre tendance apparaît lorsqu’on compare les trajectoires.
(G)I-DLE débute chez Cube Entertainment en 2018. ITZY arrive chez JYP Entertainment en 2019. aespa est lancé par SM Entertainment en 2020. IVE débute chez Starship Entertainment en 2021. NMIXX et LE SSERAFIM suivent respectivement chez JYP Entertainment et Source Music en 2022.
Ces groupes ont connu des trajectoires différentes, mais ils disposent tous d’un avantage fondamental : **une entreprise capable d’investir des ressources importantes dans leur développement.**
Pour une petite structure, la situation est très différente.
Produire de nouvelles chansons, enregistrer un album, réaliser un clip, financer les promotions et préparer le comeback suivant représente un investissement important.
Lorsqu’un lancement déçoit, une grande agence dispose généralement de davantage de possibilités pour modifier le concept, financer une nouvelle campagne et recommencer.
Une petite agence doit beaucoup plus rapidement se poser une question simple :
**pouvons-nous réellement financer le prochain comeback ?**
Le cas de NeonPunch est particulièrement révélateur. Lors de la dissolution du groupe en 2020, A100 Entertainment expliquait que sa situation économique s’était détériorée et que le comeback initialement prévu avait dû être continuellement repoussé.
La survie d’un girl group dépend donc non seulement de sa popularité, mais également du temps pendant lequel son entreprise peut supporter une croissance insuffisante.
Les premières ventes sont importantes, mais elles ne décident pas de tout
Les performances commerciales des débuts constituent évidemment un signal important.
Un groupe capable de construire immédiatement un fandom acheteur apporte à son agence une preuve tangible de demande. À l’inverse, des ventes extrêmement faibles rendent chaque nouvel investissement plus difficile à justifier.
Mais elles ne permettent pas de prédire toute une carrière.
L’histoire récente de la K-pop contient plusieurs groupes dont la croissance n’a pas été immédiate. Un titre inattendu, une performance devenue virale ou une progression graduelle de la notoriété peuvent modifier une trajectoire.
Le meilleur exemple de notre période reste FIFTY FIFTY.
Le groupe débute à la fin de l’année 2022 sans disposer de la puissance médiatique des principaux rookies issus des grandes agences. Quelques mois plus tard, *Cupid* connaît une diffusion internationale exceptionnelle.
La suite de l’histoire de FIFTY FIFTY sera extrêmement mouvementée, mais son cas démontre quelque chose d’important : **la position d’un groupe au moment de ses débuts ne fixe pas définitivement son potentiel.**
2022 : une génération particulièrement impressionnante
L’année 2022 illustre également l’écart gigantesque pouvant exister entre deux groupes officiellement considérés comme rookies.
La cohorte comprend notamment NMIXX, LE SSERAFIM, NewJeans, H1-KEY, ILY:1, CLASS:y, Lapillus, CSR, mimiirose et FIFTY FIFTY.
VIVIZ débute également cette année-là, même si son cas est particulier puisque les trois membres possèdent déjà une longue carrière commune au sein de GFRIEND.
D’un côté apparaissent des groupes disposant dès leur lancement d’une visibilité internationale considérable et du soutien de certaines des plus grandes entreprises du secteur.
De l’autre, de petites formations doivent encore construire presque entièrement leur audience.
Les deux sont officiellement des « rookies ».
Économiquement, elles ne jouent pourtant pas le même jeu.
C’est l’une des raisons pour lesquelles comparer uniquement les performances musicales ou les ventes sans tenir compte de l’agence peut donner une image trompeuse de la compétition.
Actif ou dissous ? La réalité est plus compliquée
Une dernière difficulté apparaît lorsqu’on tente de mesurer la survie : certains groupes ne meurent jamais officiellement.
Ils cessent simplement de publier de la musique.
Aucun communiqué de dissolution n’est diffusé. Les réseaux sociaux ralentissent ou deviennent silencieux. Certaines membres commencent d’autres activités. Pourtant, en l’absence d’annonce officielle, le groupe peut continuer à être considéré comme « actif » dans certaines bases.
Une analyse sérieuse devrait donc distinguer au minimum quatre situations :
**Actif** : le groupe mène encore des activités collectives récentes.
**Inactif** : aucune activité significative récente, mais aucune dissolution officielle n’a été annoncée.
**Dissous** : la fin du groupe a été officiellement confirmée.
**Restructuré** : le nom ou le projet continue d’exister, mais avec une transformation suffisamment importante pour rendre une simple classification « actif » trompeuse.
Cette dernière catégorie est particulièrement utile pour comprendre certains cas modernes.
FIFTY FIFTY, par exemple, a poursuivi son existence après une importante restructuration de son line-up.
LOONA pose un problème différent : les membres ont quitté leur ancienne agence et poursuivi leurs carrières sous différentes formes. Déterminer si le « groupe » a survécu dépend alors de ce que l’on cherche réellement à mesurer : un nom, une formation, un contrat ou une activité musicale commune.
Alors, combien de girl groups survivent réellement ?
La réponse la plus rigoureuse est peut-être frustrante :
**nous ne disposons pas encore d’un chiffre suffisamment fiable pour l’affirmer.**
Et c’est justement le résultat le plus intéressant de cette enquête.
Si l’on observe uniquement les girl groups relativement connus et correctement documentés ayant débuté entre 2018 et 2022, la situation paraît moins catastrophique que la réputation de l’industrie pourrait le laisser penser. Beaucoup obtiennent plusieurs sorties et dépassent largement leur première année.
Mais cette population est biaisée.
Dès que l’on recherche les microgroupes lancés par de petites agences, la liste des débuts s’allonge considérablement. Et beaucoup de ces formations ont aujourd’hui pratiquement disparu d’Internet.
Publier un chiffre spectaculaire comme « X % des girl groups survivent trois ans » sans résoudre ce problème donnerait donc une impression de précision que les données disponibles ne permettent pas réellement.
Le véritable taux de survie est presque certainement inférieur à celui que l’on obtiendrait en étudiant uniquement les groupes dont les fans se souviennent encore.
Débuter n’est finalement que le commencement
L’image populaire de la K-pop insiste beaucoup sur la difficulté d’arriver jusqu’aux débuts.
Des années d’entraînement peuvent effectivement précéder quelques minutes sur la scène d’un music show.
Mais pour une agence comme pour les idols, les débuts ouvrent une nouvelle période de sélection.
Le groupe doit désormais justifier un deuxième investissement, puis un troisième. Il doit transformer la curiosité initiale en audience, l’audience en fandom et le fandom en activité suffisamment solide pour permettre au projet de continuer.
Les groupes disposant du soutien d’une grande agence bénéficient d’une marge de manœuvre considérable. Ceux issus de structures minuscules disposent parfois seulement de quelques tentatives.
Le plus grand danger pour un girl group n’est donc peut-être pas de rater immédiatement ses débuts.
**C’est de connaître des débuts suffisamment encourageants pour continuer, mais jamais assez bons pour garantir le comeback suivant.**
Et quelque part entre ces deux situations se trouve une partie entière de l’histoire de la K-pop que les statistiques traditionnelles ont presque oubliée.
